Parc de loisirs et de culture Henri Gautier,

Baillet-en-France

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Vue du château et de l’entrée du parc, s.d. © USTM CGT Seine | Collection IHS CGT Métallurgie – 100Fi2

Situation géographique

Le parc de loisirs et de culture Henri Gautier de Baillet était une œuvre sociale des syndicats CGT de la métallurgie. Acquis en 1937 sur le lieu-dit « Le Village », il restera dans le patrimoine de l’UFM jusqu’en 1972. Il se situe dans le Val d’Oise, anciennement Seine-et-Oise.

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Avant d’être acquis par l’Union des syndicats de la métallurgie de la Seine, le château a appartenu à différentes familles de la noblesse française. Il est aujourd’hui la propriété de la commune et a été renommé « Parc du bois de l’étang ». Il se situe non loin de Paris (à 40 km) et de l’Aéroclub central des métallurgistes de Persan-Beaumont, situé juste au nord, à 18 km.

Historique avant guerre

Le château fut construit en 1602 par un surintendant des finances d’Henri IV, le marquis d’O., puis il appartint au Comte de Choiseul (frère du ministre de Louis XV) qui fit construire au milieu du XVIIIe siècle le bâtiment en brique. Enfin, il devint la propriété des Talleyrand-Périgord.

La propriété fut acquise le 12 juin 1937 par les métallurgistes, par le biais de leur SARL La Maison du métallurgiste, qui achète une partie des parcelles en 1937 ; puis une seconde en 1956. C’est pour y développer des activités de loisirs (camping, camps), et de sports (pétanque, football, natation), que l’UFM loue le domaine à la société Maison du métallurgiste puis à la SCIRP avant d’en devenir définitivement l’unique propriétaire.

Durant la Seconde Guerre mondiale le domaine subit des dommages immobiliers suite à la dissolution des deux organisations gestionnaire et propriétaire (UFM et S.A. Maison du Métallurgiste) par le décret du 26 septembre 1939, appliqué par un jugement du 15 novembre 1939. Les biens furent placés sous séquestre le 21 février 1940, et le 26 décembre 1940 leur gestion fut confiée à l’administration de l’enregistrement et des Domaines.
Par ailleurs, du 20 décembre 1939 au 16 juin 1940, le château fut réquisitionné par le gouvernement militaire de Paris pour y établir un centre de détenus politiques.
Du 18 au 20 juin 1940, l’armée allemande occupa le château et préleva du mobilier. Enfin, la propriété fut occupée à partir du 14 novembre 1940 par un centre de jeunesse dirigé par le Commissariat à la jeunesse de Vichy.

Des loisirs au vert offerts aux métallos

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Règlement intérieur du parc Henri Gautier de Baillet entre 1952-1956. Archives UFM, fonds 1-5 PB

Après le conflit mondial, le parc Henri Gautier devint peu à peu un lieu de manifestation de la culture festive, populaire, militante pour les ouvriers de la métallurgie.

Lieu de manifestation de la culture festive, populaire, militant pour les ouvriers, symbole d’une expérience syndicale pionnière et originale. Il se trouvait en 1948 dans une situation financière difficile, mais la fréquentation accrue de 1950 permit d’améliorer la situation financière du parc. La fête d’été de la jeunesse réussi à réunir 35 000 personnes en 1950. Le parc deviendra petit à petit le symbole d’une expérience syndicale pionnière et originale, réunissant régulièrement les ouvriers à l’occasion des fêtes de Baillet (1951-1967), lors des congés payés et chaque fin de semaine.

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Piscine du parc Henri Gautier, sans date © USTM CGT Seine | Collection IHS CGT Métallurgie

Les loisirs proposés aux métallos et à leurs familles pour se divertir comptaient une grande piscine, un lac empoissonné permettant aux ouvriers de s’exercer à la pêche. Dans le château se trouvait un bar et un lieu de restauration, enfin un camping établi sur de grandes étendues délimitées occupait une partie du terrain. Lucien François, directeur du parc de mars 1952 à mai 1954, explique en ces termes[1] ce que représentait Baillet :

 

« La politique de préparation à la guerre, l’occupation américaine, les bas salaires et l’aggravation de la misère qui en découle, rendent de plus en plus pour difficile les travailleurs la possibilité, chaque fin de semaine, de prendre un bol d’air à la campagne. Elles rendent quasiment impossible pour des milliers d’entre eux la nécessité de fuir, pendant la période des congés, l’air des villes et des usines.

Face à ces difficultés, Baillet est comme un îlot de verdure au milieu d’un désert, par les possibilités qu’il offre avec son parc, sa piste, son camping, sa maison de vacances et autres distractions. Il permet d’agréables fins de semaines et de bonnes vacances ».

 Les fêtes de plein-air

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Affiche de la fête de Baillet, 1967. Archives UFM, fonds 1-5 PB

Une fête champêtre avait lieu chaque année, le 3e w-e du mois de juin, durant laquelle de nombreux métallurgistes venaient s’amuser et célébrer les loisirs en famille.

Plusieurs milliers de métallurgistes s’y donnaient rendez-vous, démontrant ainsi la force du syndicat. Cette grande manifestation d’unité, où les camarades de F.O. et de la C.F.T.C. ainsi que les autonomes ou les inorganisés étaient conviés, permettait de retrouver son compagnon de lutte quotidienne contre l’exploitation capitaliste, contre les cadences de travail, pour la Paix en Algérie et pour le désarmement. La vente des bons de solidarité permettait de soutenir financièrement l’USTM de la Seine, ils donnaient droit à l’entrée au parc et faisaient participer à la tombola.

Durant la journée des animations de sports, des expositions d’art et des concerts ou spectacles occupaient le temps, et le soir venu des bals dansant avaient lieu.

Les directeurs du parc

A la direction du parc se succédèrent divers directeurs et responsables.

Le premier d’entre eux : Marcel Mugnier (1937-1940), durant la guerre, on ne recense que R. Desguez (1944), à  la sortie de la guerre : André Charrière (1er juillet 1946-30 novembre 1947), puis René Le Prévost (1er juillet 1948-28 février 1952), qui œuvra à mettre en place d’une vraie propagande autour du parc.

Suivirent Lucien François (1er mars 1952-31 mai 1954) et André Duvillier (septembre 1955-février 1958), puis Henri Malterre (1er mars 1958-31 mai 1964). La première femme responsable fut Jacqueline Cattin (juin 1965-décembre 1969), suivi de Raymond Piffard (1er janvier 1969-décembre 1971), avant que celui-ci ne prenne la direction de Vouzeron, puis Robert Cray (1969-11 février 1972) qui pris en charge la fermeture du parc.

 

Dates clés

12 juin 1937 : acquisition de la propriété

18-20 juin 1940 : occupation du château par l’armée allemande

10-11 juin 1961 : 25e anniversaire de 1936 célébré à la fête des métallos

3-4 juin 1967 : dernière fête champêtre

11 février 1972 : fermeture définitive du parc Henri Gautier

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Entrée de la fête de Baillet, 1947 © USTM CGT Seine | Collection IHS CGT Métallurgie

Dernières actualités

Le parc, après divers litiges notamment avec la municipalité de Baillet, fut vendu en 1972 à la Caisse nationale de prévoyance ouvrière (CNPO) de la Fédération du bâtiment. Cette vente permettra à l’UFM de financer l’achat du 39-41 avenue Netter dont elle était locataire pour le Centre Suzanne Masson. Elle permettra également à l’UFM de devenir propriétaire d’un local pour l’USTM des Yvelines et d’un autre pour l’USTM des Hauts-de-Seine.

Plus récemment dans l’histoire du parc, des sculptures soviétiques ont été découvertes (en 2004) à l’occasion de fouilles menées par l’Institut national de recherches archéologiques. Ces sculptures provenant du pavillon soviétique de l’exposition internationale des arts et techniques de la vie moderne organisée à Paris en 1937, étaient dans l’oubli depuis plus d’un demi-siècle (Plus d’informations sur cette découverte ICI).

En savoir plus

Pour connaître le contenu du fonds d’archives dédié à Baillet, pour pouvez consulter l’instrument de recherche en ligne. Où venir le consulter sur place, au 94 rue Jean-Pierre Timbaud.

Nous conservons également le travail universitaire d’Aurélia, Dufils Le parc de loisirs de Baillet, une réalisation sociale de l’union syndicale CGT des travailleurs métallurgistes de la région parisienne, de 1937 à 1972, mémoire de maîtrise d’histoire sous la direction de D.Tartakowsky, 2005

[1] Source : Solidarité, organe mensuel de l’USTMT, n°4, mai 1952

Sources : archives UFM, fonds 1-5PB

Illustrations : © D.R. | Collections IHS CGT Métallurgie et UFM

Recherches et textes : Maria Goubert, archiviste UFM